« La croisade du bonheur »  par Sandrine Bourreau
Ecrit par Sandrine Boureau, Yannick Jaulin et Titus

Claudette Fuzeau, agricultrice à Guénay, a découvert qu’elle avait le pouvoir de magnétiser la mogette (haricot blanc de Vendée) et qu’en la distribuant, elle pouvait procurer du bonheur à autrui. Face à un public en mal de bien vivre, elle donne des conférences. C’est sa Croisade du Bonheur.

Ce n’est pas une caricature de paysanne mais le portrait d’une femme authentique. Tout au long de sa conférence, cette bavarde au langage fleuri se dit et se dévoile, tres souvent drôle, tantôt émouvante, parfois exécrable mais toujours généreuse. Au delà de sa mogette magnétisée, c’est elle, par sa sincérité et son humanité, qui porte bonheur…

Le spectacle fait beaucoup rire. On rit de ce que raconte Claudette Fuzeau, de la vision qu’elle nous transmet du monde, mais aussi de ce qu’elle est. En comédienne-ethnologue, Sandrine Bourreau brosse le portrait du bocain-gâtinais, avec ses tics, ses gestes évocateurs, ses mots répétitifs, ses verbes tombant drus et secs, ses formules et vérités lancées à l’emporte pièce. Mais très vite, le spectateur réalise qu’il n’est pas face à une caricature du monde rural. C’est une mémoire collective qui apparaît, avec des attitudes universelles. Au delà de la recherche du bonheur à laquelle sont invités les spectateurs, c’est une recherche sur la raison de vivre.

« Par-delà le rire, elle s’inscrit ainsi, par sa justesse inégalable et sa sincérité, dans la lignée des conteurs tels Yannick Jaulin (qui signe aussi ce texte), Gérard Potier ou Fred Pellerin, et fait de ce spectacle a priori apparenté au «show humoristique » façon Bodins ou Madeleine Proust, un moment de théâtre et d’humanité tant irrésistible que sensible. »

Depuis 20 ans, l’agricultrice en robe fleurie mène sa Croisade du bonheur, en région, au Festival d’Avignon et même outre-Atlantique. Complice de Yannick Jaulin, l’élégante au patois trapu et à la langue bien pendue s’intéresse à la femme d’aujourd’hui : contre le modèle de perfection, elle se penche sur la culpabilité féminine et le « devoir être ». Féministe du bocage, elle évoque Jeannie Longo, Lady Gaga, Simone du Crédit Agricole et puis Sylvie aussi, avec qui son mari est parti… Pétrie de bon sens et d’humour, la thérapeute inspirée réconforte et revigore les dames comme les hommes.